Généralement,
quand vous vous découvrez homosexuel, vous ne sautez pas de joie
en vous disant : "youpie, j'ai décroché le gros lot, je
suis un être d'exception, un élu des dieux".
Prendre conscience de son homosexualité, c'est au contraire
ramasser une douche tellement froide qu'elle vous glace le sang et
anéantit l'estime que vous pouvez avoir de vous-même, tant
les images véhiculées par la société sont
négatives.
Les quolibets, les jugements réprobateurs, vous les avez
entendus mille fois... Tant et si bien d'ailleurs que vous ne pouvez
pas vous rendre à l'évidence, vous ne pouvez pas vous
résoudre à être ça, ce vilain petit canard
que tout le monde va montrer du doigt.
Alors, vous refoulez, vous vous dites que ça va vous passer,
vous vous repliez sur vous-même et vous faites tout petit
craignant que le moindre de vos sentiments ne paraisse au grand jour.
Puis vous frimez, vous donnez le change et entrez dans le jeu de
l'hétérosexualité ambiante, multipliant les
conquêtes féminines, dragues ridicules autant
qu'insatisfaisantes. Poser vos lèvres sur la bouche d'une fille
vous dégoutte, vous fermez les yeux, votre esprit s'évade
vers le garçon qui hante vos rêves. Elle est lui et vous
voudriez qu'il soit elle ; vous rêvez de le voir changer de sexe
pour pouvoir l'aimer au grand jour ; avec lui, ce serait
différent, vous iriez plus loin, ce serait éternel.
Les filles vous dégouttent, le monde vous révolte, la vie
est absurde et vous vous sentez abjecte. Le miroir vous renvoie l'image
d'un monstre qui vous révulse et qu'il faut abattre. Mais ce
monstre, c'est vous, docteur Jeckill et mister Hyde ; vous ne pouvez
l'abattre sans vous détruire. Pour survivre, le monstre doit
s'épanouir, devenir plus monstrueux encore, plus abjecte,
s'affirmer en tant que monstre et écraser le monde de sa
monstruosité, ...
Vilain
petit canard, regarde le monde autour de toi, ce monde peuplé de
canards claudiquants, boiteux dans leurs préjugés.
Regarde plus haut, observe les aigles ; ne serais-tu pas de leur race ?
Regarde plus loin, la danse majestueuse des cygnes ; n'aurais-tu pas leur grâce ?
Regarde-toi
enfin, vois le reflet de ton âme dans les eaux claires de la vie et
deviens ce que tu dois être. Sois toi-même et non le pâle reflet de
celui que les autres voudraient que tu sois.
Tantôt
aigle, tantôt cygne, je n'ai pas encore trouvé ma voie. La seule chose
que je sais, c'est que je ne suis ni un monstre, ni un hétéro. Je ne
suis pas anormal, mais tout simplement gay, un garçon qui aime les
garçons. Ma nature est ainsi faite et je ne peux rien y changer.
Refuser
cette réalité est inutile, vouloir la contrer, c'est aller au devant de
problèmes insurmontables, qui ne pourraient être résolus que par ma
propre destruction.
Si
refuser l'homosexualité ne posent que des problèmes qui s'estompent au
moment où elle est acceptée, il faut admettre qu'elle n'est pas un
problème en soi. Pour ma part, j'en suis convaincu. La seule source de
toutes les tracasseries que nous rencontrons, c 'est l'homophobie
ambiante de notre société ; une homophobie sournoise et criminelle qui
conduit de nombreux jeunes au suicide et contre laquelle nous devons
lutter avec la plus grande énergie.
Julien |