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L'adolescence est une période difficile par nature... L'homophobie et
l'absence de traitement de la condition homosexuelle durant la scolarité sont
des facteurs de risque accru de suicide chez l'adolescent gay...
Le suicide est la seconde cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans et la
première cause pour les 25 - 34 ans. De plus, et selon les études, le taux de
suicide (et de tentative) chez les adolescents homosexuels ou bisexuels est
entre 6 et 14 fois supérieure à celle de la population hétérosexuelle d'une même
classe d'âge. Les raisons principales de ce douloureux constat sont diverses.
D'une part, un contexte socio culturel discriminant, une imagerie péjorative de
l'homosexualité, propos et actes homophobes. Autant de causes de mal-être et de
souffrance des jeunes gays et lesbiennes. D'autre part, l'absence de traitement
de la question homosexuelle durant la scolarité, l'hétérocentrisme, le défaut de
visibilité d'une communauté adolescente gay et le déni même de son existence
n'assurent pas un environnement propre à prévenir suicides, dépressions,
comportements à risques, agressions et propos homophobes.
Il ne faut pas confondre homosexualité, pratique homosexuelle et désir
homosexuel. A l'adolescence la transformation pubertaire et la recherche
identitaire brouillent les genres. De nombreux jeunes découvrent en même temps
que leur corps celui de leurs congénères, la fameuse séance de douche post EPS,
et leur sexualité. Les phénomènes de groupe et de " bande " conduisent dans ce
contexte à des désirs homosexuels voire des pratiques homosexuelles sans pour
autant que l'adolescent soit gay par nature.
Par définition l'adolescence est une période difficile. Elle se traduit par
une recherche et une quête identitaire où l'adulte en devenir cherche autant une
identité propre, à s'affirmer individuellement, qu'il désire s'inscrire dans la
communauté et appartenir à un groupe, à s'identifier collectivement.
Dans ce schéma, le jeune gay ou la jeune lesbienne, subit cette période avec
d'autant plus de difficulté que son homosexualité est une cause supplémentaire
d'isolement et de sentiment de rejet. Les études nord américaines ont montré que
le premier sentiment d'être Gay intervient souvent dès la pré adolescence et
environ 6% des jeunes entre 15 et 18 ans se déclarent attirés par le même sexe à
l'exclusion ou non d'une attirance pour le sexe opposé.
Pour autant, la condition de
l'adolescent homosexuel reste l'un des derniers tabous de notre
société au prix d'un taux de suicide fortement plus
élevé, et a fortiori de tentative et de
dépression, que celui de la communauté
hétérosexuelle. Ces même études ont
démontré que ce fort taux n'est pas dû à
l'homosexualité proprement dite de l'adolescent gay mais
à l'environnement socio culturel de celui-ci qui le pousse
à cette extrémité. En l'absence d'étude
française, voire européenne, nous ne disposons pas de
statistiques pour notre pays. Craignons qu'elles soient proches.
Pour autant et sans trop s'avancer, nous pouvons faire le constat simple
qu'une minorité de jeunes gays et lesbiennes s'assument, se revendiquent et
vivent librement leur homosexualité au risque de faire l'objet d'un rejet de
leurs camarades, de propos ou actes homophobes ou de se couper de leur milieu
familial.
La grande majorité préfère se cacher et adopter une " stratégie de survie "
dans un environnement qui ne les reconnaît pas. L'hétérocentrisme flagrant de la
population en général, et de la population adolescente, en particulier, amène
les jeunes gays à adopter les codes de genre de leurs camarades hétérosexuels
qui tiennent des propos ou commettent même des agressions homophobes. De
victime, certains préfèrent la condition de bourreau. A quel prix ? Celui de la
négation de soi, d'une distorsion entre son identité propre et une identité
exprimée, causes de mal être.
Pour les autres, ils sont l'objet de moqueries ou d'un rejet de leurs
camarades sur de simples constations de différenciation (look, , comportement
dit " efféminé " pour les jeunes gays et de " garçon manqué " pour les jeunes
lesbiennes.) bien que pour beaucoup il ne s'agisse que de brimades sans
incidences.
Les adolescents, pas plus que les adultes, ne mesurent les conséquences
néfastes de telles attitudes sur des individus fragilisés ou marginalisés. Les
jeunes hétérosexuels ne prennent pas la défense de leurs camarades faisant
l'objet de telles brimades de peur d'être catalogués eux mêmes Gays et de faire
l'objet à leur tour d'une exclusion du groupe. Les intéressés, à défaut
d'interlocuteurs à même de les écouter, n'osent pas se plaindre d'un tel
traitement de peur de se dévoiler.
Ce tableau vous paraît bien noir ? Pourtant, c'est celui auquel est
confrontée quotidiennement et de manière solitaire la majorité des adolescents
homosexuels et qui les conduit jusqu'au suicide. Néanmoins, des comportements
prédéterminants et des signes permettent de détecter et de prévenir les troubles
de l'adolescent gay: échec scolaire, forte consommation d'alcool ou de tabac,
prise de drogues ou de médicaments, crises maniaco-dépressives. Mais n'est-ce
pas déjà faire le constat de l'échec de notre société à assurer un traitement
raisonné de l'homosexualité des adolescents comme fait social ?
Aussi, la cause de la souffrance des adolescents gays, soit l'environnement
socio culturel dans lequel ils évoluent, peu devenir l'élément même de leur
épanouissement et de l'admission de leur homosexualité. Il est désormais temps
que le système scolaire, lieu de vie et d'apprentissage de la jeunesse par
excellence, ouvre les yeux. 80% de taux de réussite au Bac. A la bonne heure !
Quand un pourcentage significatif de la population adolescente est en état de
souffrance il importe d'avantage de les assister et les aider que d'en faire des
bacheliers dépressifs ou suicidaires. N'est ce pas le rôle même de
l'enseignement laïc et républicain que de former des êtres autonomes et
accomplis ? L'accès à la citoyenneté, voeu pieu de l'enseignement, et
l'éducation de nos adultes en devenir pourraient s'enorgueillir d'un traitement
de la condition homosexuelle propre à garantir nos libertés publiques et
soucieux du respect des libertés individuelles de chacun.
A notre époque, l'homosexualité est le dernier sujet tabou à l'école.
L'éducation sexuelle n'est envisagée que sous l'angle reproductif, j'oserais
dire technique ou de sa maîtrise, la contraception. Ou alors, la sexualité est
abordée sous un angle négatif, celui des MST. De plus, et en l'absence d'un
traitement médiatique, culturel, littéraire voire même musical de
l'homosexualité durant l'adolescence, les jeunes gays et lesbiennes ne trouvent
aucun élément commun d'identification nécessaire à leur sentiment d'appartenance
à un groupe ou même propre à leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, brisant
ainsi le sentiment de solitude qui les animent. L'imagerie traditionnelle
adolescente (feuilletons, émission real TV, BD, films d'action.) ne montre
qu'une image unique et stéréotypée, celle d'une adolescence exclusivement
hétérosexuelle, même virilisante et machiste. Doit-on attendre l'arrivée
annoncée de gays ou lesbiennes dans le second Loft Story pour montrer à notre
jeune population que l'on peut être un jeune pédé ou une jeune goudou et être
bien dans ses baskets ?
Il appartient à l'éducation nationale d'entretenir une image réelle de
l'homosexualité, non prosélyte, en traitant objectivement le fait homosexuel et
en l'insérant dans les programmes (cours d'éducation aux sexualités, approche
historique de la question gay, approche de l'homosexualité sous l'angle des
libertés publiques au même titre que le racisme, la xénophobie.) et en
sanctionnant les propos et actes homophobes au sein des établissements.
Pour autant, l'éducation
nationale devra, outre une formation et une sensibilisation de son
personnel à ces questions, vaincre ses propres réticences
quand on sait que beaucoup d'enseignants gays se cachent de peur de
perdre leur crédibilité, et au-delà leur
autorité, face aux élèves ou d'être
invectivés par les parents d'élève ou
l'administration.
L'assistance individuelle de l'adolescent homosexuel doit aussi être
renforcée. Quand celui-ci a peur de se confier à ses parents ou un camarade il
doit pouvoir trouver un endroit propre à le sécuriser et à l'écouter. La prise
en charge individuelle de la détresse d'un jeune gay est une priorité absolue
mais le manque de moyen du personnel social au sein des établissements scolaire
est criant. Psychologues scolaires, assistantes sociales, infirmières scolaires
font défaut. Pourtant ils sont souvent les premiers témoins de confidences et
les plus à même à détecter un malaise latent qui peut dégénérer en drame
suicidaire.
Enfin, il est regrettable de constater qu'un écart s'opère entre la condition
des jeunes gays et lesbiennes et celle de leurs aînés. Ces derniers ont su
s'organiser, se réunir, se rassembler pour faire avancer leur condition alors
que les plus jeunes d'entre eux voient encore leur existence niée et leur
condition laissée à l'abandon. La société n'a t-elle pas pour devoir de
reconnaître et de porter assistance à une partie de sa jeunesse ? A défaut c'est
son avenir même qu'elle compromet.
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